BACH (K. P. E.)


BACH (K. P. E.)
BACH (K. P. E.)

BACH KARL PHILIPP EMANUEL (1714-1788)

Le deuxième des quatre fils musiciens de Jean-Sébastien Bach, Karl Philipp Emanuel, naît à Weimar, mais n’a pas dix ans lorsque sa famille s’installe à Leipzig. Il y est externe à l’école Saint-Thomas, mais il reconnaîtra volontiers n’avoir eu comme professeur, en matière de musique, que son père. À dix-sept ans, il grave lui-même son premier menuet. Après de sérieuses études juridiques à Leipzig et à Francfort-sur-l’Oder, il entre en 1738 comme claveciniste dans l’orchestre du prince héritier de Prusse. Lorsqu’en 1740 celui-ci monte sur le trône sous le nom de Frédéric II, Karl Philipp Emanuel reste à son service: c’est lui qui accompagne le premier solo de flûte exécuté par le roi. Nommé claveciniste de chambre en 1741, avec un traitement assez modeste, il se révèle rapidement comme un maître de la musique instrumentale, en particulier du clavier. À ce titre, il marquera profondément son époque. En 1742, ses six Sonates prussiennes sont dédiées à Frédéric II; en 1744 paraissent ses six Sonates wurtembergeoises , et en 1760 ses Sonates avec reprises variées dédiées à la princesse Amélie, sœur du roi. En 1753 et en 1762, respectivement, sont éditées les deux parties de son Essai sur la véritable manière de jouer des instruments à clavier (Versuch über die wahre Art das Klavier zu spielen ), ouvrage fondamental pour la connaissance du style du XVIIIe siècle. Étouffé malgré ses succès par l’atmosphère provinciale et conservatrice de la vie musicale berlinoise (dominée par le flûtiste Quantz et par les frères Graun, dont l’historien de la musique Charles Burney dira qu’on jurait plus par eux que par Luther et Calvin), il fréquente d’autant plus volontiers des écrivains comme Lessing ou Gleim, ainsi que les salons de Sara Levy, grand-tante de Felix Mendelssohn. En 1747, son père lui a rendu une dernière visite demeurée célèbre, puisqu’elle a été à l’origine de L’Offrande musicale . En 1750, il brigue en vain sa succession à Leipzig. En 1753, une nouvelle tentative en direction de Zittau, en concurrence avec son frère Wilhelm Friedemann, n’obtient pas de meilleurs résultats. Mais, en 1767, meurt son parrain Telemann, directeur de la musique à Hambourg. Karl Philipp Emanuel, devant plusieurs concurrents dont son demi-frère Johann Christoph, obtient le poste. Il prend officiellement ses nouvelles fonctions le 19 avril 1768, prononçant selon l’usage un discours en latin. Cantor au Gymnasium Joanneum, directeur de la musique dans les cinq églises principales de la ville, il y fait entendre plusieurs chefs-d’œuvre dont le Messie de Haendel, le credo de la Messe en si de son père et le Stabat Mater de Haydn. Lui-même écrit, au cours de cette dernière période de sa vie, une assez grande quantité de musique religieuse, ses ouvrages pour clavier Pour connaisseurs et amateurs (Für Kenner und Liebhaber ), de la musique de chambre, et dix symphonies (la moitié de sa production en ce domaine): six pour cordes, composées en 1773 pour le baron Van Swieten, et quatre pour grand orchestre, parues en 1780. Il fait la connaissance des poètes Klopstock, Voss et Claudius, et échange avec Diderot une correspondance suivie, tout en se montrant, dans ses relations avec ses éditeurs, homme d’affaires avisé. C’est en pleine gloire et en pleine activité créatrice qu’il s’éteint à Hambourg, trois ans seulement avant Mozart, estimé par lui, et considéré par Joseph Haydn comme celui de ses prédécesseurs auquel il doit le plus. En 1795, ignorant sa mort, celui-ci tentera de lui rendre visite en passant par Hambourg lors de son second retour d’Angleterre. Dans son héritage se trouvent la plupart des documents originaux de la famille Bach, et c’est grâce à lui qu’ont été conservés beaucoup de manuscrits de son père, auquel il n’a jamais manqué de rendre hommage, et dont l’œuvre a été pour lui non pas une gêne, mais un stimulant.

Karl Philipp Emanuel Bach, pionnier du concerto pour piano, seul musicien important à avoir couvert par une production abondante tout le second tiers et une bonne partie du dernier tiers du XVIIIe siècle, ne fut jamais un classique si par classicisme on entend équilibre, mesure, synthèse harmonieuse de forces opposées. Il fut, comme ses frères, comme son contemporain exact Gluck, et même comme le jeune Haydn, un représentant typique de cette génération de 1750-1775 qui, avant l’essor définitif du classicisme et en l’absence de style intégré, dut cultiver une manière très (d’aucuns diront exagérément) individuelle: ce qui chez lui donna un romantisme passionné, de brusques modulations dramatiques, des rythmes imprévus et largement syncopés, une démarche parfois velléitaire, bref ces traits qui se résument par les mots «sensibilité» (Empfindsamkeit ) et orage et passion (Sturm und Drang ). Dans certaines de ses pièces pour clavier (il affectionnait particulièrement le clavicorde), à caractère de récitatif d’opéra, il alla jusqu’à supprimer les barres de mesure, et ce n’est pas pour rien que, sous les notes de l’une d’elles, un poète contemporain voulut et put inscrire les paroles du célèbre monologue d’Hamlet . «Un musicien ne peut émouvoir les autres que s’il est ému lui-même», disait-il volontiers: cette maxime, bien mise en pratique, fut de celles qui lui permirent d’éviter la galanterie, et d’occuper en son temps une position unique.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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